Souvent, la nuit, dans ce demi sommeil si familier, je me surprends à replacer les murs de ta maison, puis chacun de tes meubles, chacun de tes tableaux, juste pour m’assurer que je n’oublie rien. J’ai cette impression que la mémoire a cette drôle de faculté à enfouir les souvenirs si on ne les ranime pas régulièrement. J’ai souvent peur d’oublier trop vite, de perdre les détails, et de n’avoir au bout du chemin plus que des morceaux de rien, juste de la poussière d’étoile. L’enfance est floue quelques fois pour moi, je me rappelle mieux des photos que des moments réels, comme si l’image avait pris le dessus sur la réalité. C’est un peu l’histoire de ma vie, de ma génération et des suivantes, ce drôle de dilemme entre vivre pleinement l’instant présent et le photographier, le partager partout jusqu’à ce qu’il ne nous appartienne plus. Mais je crois que le passé est bien plus que des ruines sur lesquelles on bâtit notre présent et esquisse notre avenir. Mon passé est ce qui a construit mon présent, ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Quand je regarde en arrière et que les images me blessent, cela me console un peu, car je me dis que je ne serais pas moi si je n’avais pas vécu ces souffrances, ces échecs, et ces peurs du vide. Les faiblesses ne peuvent pas devenir des forces, mais la manière dont on les affronte, la vitesse à laquelle on se le relève aussi, finit par nous rendre plus fort d’une manière ou d’une autre.

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Peut-être que c’est un peu idiot d’avoir peur d’oublier, de vous oublier toi et les autres, car même sans les détails, cela ne peut pas disparaître complètement. Les personnes que l’on aime sont comme des étoiles, elles restent toujours présentes, même quand elles ne brillent plus autant qu’avant, ou même plus du tout. Les impressions que j’ai gardées de toi, les odeurs, les rires, les couleurs, tout cela est finalement plus fort que le souvenir complet d’un moment tel qu’il a été vécu. Ces petits riens sont tout, ces secondes qui à peine égrainées avaient déjà disparu ont en fait construit mes souvenirs. Peut-être que le temps va faire sont travail, que les contours deviendront flous, mais la peur d’oublier n’a plus vraiment lieu d’être lorsque l’on sait que l’amour est infini, et que l’on sait qu’il demeurera toujours. Peu importe le chemin que je vais choisir de prendre, je sais que tu veilleras sur moi, que vous serez toujours tous là. Il ne faut pas que ce parfum de trop peu m’étouffe, que la peur de l’oublie m’empêche d’avancer, je sais qu’il faut construire, rire, et vivre chaque seconde pleinement. J’ai compris qu’il est temps de ne plus regarder en arrière, car ceux qu’on aime avance à nos côtés. Et tout ce qui reste en arrière, finalement, ce sont les mauvais rêves et les ratures, car ce que j’ai su tirer d’eux me suit sur le chemin que j’emprunte, et se mêle au vent pour me pousser en avant, en soufflant doucement « Je t’aimerai toujours ».

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